mercredi 4 avril 2012

La belle vie, Michèle Ouimet et les chiffres

Aujourd'hui la chroniqueure de La Presse, Michèle Ouimet, publie une chronique en réaction au tweet de Richard Martineau sur la sangria, les cellulaires, la grève et Outremont et à ses explications à TLMEP.

Outre le fait que Mme Ouimet résume les propos de M. Martineau d'une manière qui laisse à désirer, c'est surtout sa maîtrise des chiffres qui impressionne.

Ainsi, Mme Ouimet nous explique que les droits de scolarité étaient de 547$ en 1989, de 1668$ en 2007 et de 2168$ en 2012. Elle en conclue que les droits de scolarité ont augmenté de 300%. Mais Mme Ouimet oublie de tenir compte d'un facteur important dans ses "calculs": l'inflation. Le pouvoir d'achat d'un 547$ n'est pas le même en 1989 qu'en 2012 et c'est pourquoi il faut se référer à la notion de dollars constants!

Si on prend comme référence le dollar de 1968, 500$ de cette époque (le coût des frais de scolarité annuels) représentait:
- 1 989,36$ en 1989
- 2 965,43$ en 2007
- 3 188,83$ en 2011
Les résultats sont obtenus sur la base de l'indice des prix à la consommation (IPC d'ensemble) publié par Statistiques Canada, tableau CANSIM 326-0021.

Ou, pour présenter les choses autrement:
- 547$ de 1989 représente 137,48$ de 1968
- 1 668$ de 2007 représente 281,24$ de 1968
- 2 168$ de 2011 représente 339,94$ de 1968
Contrairement à ce qu'écrit Mme Ouimet, les frais de scolarité n'ont pas augmenté de 300% entre 1989 et 2012 (de 547$ à 2 168$ en dollars courants), mais de 147% (de 137,48$ à 339,94$ en dollars constants) alors que l'inflation augmentait de 60% (de l'indice 74,8 en 1989 à 119,9 en 2011 - indice 100 = 2002). La hausse réelle est donc de 87%. On peut discuter de l'importance de cette hausse, de son opportunité, de sa raisonnabilité, etc. Mais on ne peut pas prendre le raccourci intellectuel qui consiste à affirmer qu'il s'agit d'une hausse de 300%!

On pourrait aussi s'interroger sur l'opportunité pour notre société de faire en sorte que les étudiants d'aujourd'hui paient des frais de scolarité 32% inférieurs à l'étudiant de 1968. Peut-être que ça se justifie ... il faudrait au moins se poser la question.

Dans un autre paragraphe, Mme Ouimet nous montre une nouvelle fois sa maîtrise des chiffres. Elle prétend que la fréquentation des universités a augmenté de 1 000%, passant de 23 000 étudiants en 1962 à 266 000 aujourd'hui. Or dans le même temps, la population du Québec a aussi augmenté passant de 5 259 211 en 1961 à 7 979 663 en 2011 (Institut de la statistique du Québec). Mais surtout, la formation universitaire s'est largement diversifiée. L'étudiant des années '60 entrait à l'université essentiellement pour y faire un bac. Aujourd'hui, nombre d'étudiants fréquentent l'université pour y obtenir d'autres diplômes que le bac. Selon les données du recensement de 2006, 20% de la population des 25-34 ans est titulaire d'un baccalauréat, alors que cette proportion est de 6% pour la population des plus de 55 ans. C'est un réel progrès et il n'est pas question de le nier. De là à affirmer qu'il s'agit d'un bon de 1 000%?

Pour avoir un vrai débat sur l'augmentation des droits de scolarité, encore faut-il que les informations qui nous sont données soient exactes. Je suis d'avis que nos médias ne font pas complètement leur travail dans ce domaine.

6 commentaires:

  1. Je suis forcé d'admettre que vous avez totalement raison!

    Pour voir d'autres chiffres (que vous pourrez également corriger s'il y a lieu), voyez ceci (mon billet): bit.ly/znre8T

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  2. Je précise ma pensée.

    Je suis totalement en accord pour votre propos sur les chiffres, mais pas pour ceci:

    "Outre le fait que Mme Ouimet résume les propos de M. Martineau d'une manière qui laisse à désirer"

    Je crois qu'elle ne fait pas que résumer les propos de Martineau, bien au contraire. Elle explique ce que tous auraient dû comprendre au delà du personnage anecdotique.

    Une autre analyse (de Normand Baillargeon cette fois-ci http://bit.ly/HK5sgB) plus complète et sérieuse, disons-le, résume bien le danger de tomber dans le piège du discours anecdotique de Martineau.

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  3. Très bon texte. L'argument sur la "juste part" et les politiciens d'aujourd'hui est particulièrement percutant!

    Concernant la prestation de M. Martineau, j'ai surtout retenu qu'il aurait souhaité que les étudiants militent pour une hausse des droits de scolarité modulée en fonction des moyens de chacun, comme prévu au PIDESC. Mais il semble de bon ton à La Presse de dénigrer systématiquement ce qui sort du JdeM.

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  4. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  5. "Martineau aurait souhaité que les étudiants militent pour une hausse des droits de scolarité modulée en fonction des moyens de chacun".

    Sur le fond, je suis d'accord.

    Malheureusement, le fond a littéralement été noyé dans une mer de préjugés anecdotiques, voire de sangria. Ces seuls propos imagés de "preuves tangibles" nourrissent l'imaginaire des plus crédules, qui sont assoiffés de... sangria "shaked à la faits divers", s'abreuvant à même les lèvres d'une "vedette" en quête d'amour et d'attention: il choque peut-être, mais on le lit et en en parle, en voici la preuve...

    Le danger, c'est que le fond demeure coulé au fonds, et que les acquis-haussistes n'y voient que de la sangria, éludant par le fait même le propos initial: la modulation des frais de scolarité selon les moyens de chacun...

    Le fond du propos peut être bon et sensé, mais encore faut-il qu'il trouve preneur...

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  6. Pour reprendre le document de la CREPUQ que vous citez (http://www.crepuq.qc.ca/IMG/pdf/indicateurs.pdf p. 69) et votre suggestion à l'effet que la classe politique actuelle devrait rembourser aux générations actuelles la portion de la juste part qu'elles n'ont pas payé, pourquoi ne pas envoyer une facture à toutes ces élites (politiciens, journalistes, recteurs, doyens, etc) qui se déclarent pour la hausse. Genre:

    Selon nos estimations:
    - vous avez payé XXX $ de droits de scolarité entre 19XX et 19XX et
    - votre juste part aurait dû être de XXX $.
    Par conséquent nous vous invitons à vous acquitter de la différence, soit XXX $ + intérêt au cours légal, pour un total de XXX $ à être acquitté par chèque au ministère de l'Éducation au plus tard le XXX.

    La CREPUQ calcule que les universités ont été privées de 494 millions entre 1994 et 2007. Combien depuis 1969?

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