mercredi 17 août 2011

Sommes-nous prêts à payer pour bien manger?

Dans sa chronique du 17 août, Mme Marie-Claude Lortie commente la décision des rôtisseries St-Hubert de servir du poulet dont l'alimentation comportera dorénavant jusqu'à 10% de farines animales.

Or, la décision de St-Hubert est scandaleuse à plusieurs égards, notamment parce que l'entreprise aura attendu plusieurs mois pour informer sa clientèle et que pendant ce temps, son site Internet continuait de prétendre que ses poulets étaient nourris uniquement de matières végétales.

Ensuite l'entreprise parle du coût plus élevés des poulets nourris de matières végétales et de son désir de ne pas faire supporter d'augmentation à sa clientèle. Or, on parle tout de même d'une augmentation de 0,20$ le kilo. Sauf erreur de ma part, un poulet pèse environ 1,9 kilo. On parle d’une augmentation de moins de 0,40$ pour un poulet complet! Combien pour une cuisse? Une poitrine? Je ne connais personne qui soit capable de se payer un repas à 5,95$ (un morceau de poulet, des frites, etc.) et qui ne serait pas capable de se payer le même repas à 6,05$ ou même à 6,15$!

La question du coût des aliments “industriels” vs les aliments “naturels” se pose différemment, selon moi. Les aliments industriels peuvent être produits moins chers car ces industries font supporter une partie de leurs coûts par l’ensemble de la communauté au lieu de leurs seuls clients. Par exemple, une entreprise qui bourre ses poulets d’antibiotiques encourt des coûts moindres en terme de mortalité et de maladies et peut donc vendre ses poulets moins chers. Mais cette décision a des conséquences économiques qui ne sont pas supportées par l’entreprise et ses clients. Ces antibiotiques qui se retrouvent dans la nature et dans notre nourriture créent des résistances chez les bactéries. Ce qui fait nécessairement augmenter les coûts des soins de santé. Si ces coûts étaient “internalisés” par le producteur de poulet, sans doute réaliserait-on que le poulet aux antibiotiques coûte en fait plus cher que le poulet naturel.

C’est par une fiction (et en dérogeant aux principes de l’économie libérale) que le poulet industriel coûte moins cher que le poulet naturel.