vendredi 27 novembre 2009

Jovialisme d'État

Aujourd'hui Le Devoir publie un article de la Presse Canadienne qui essaie de nous démontrer que le problème d'accessibilité aux médecins n'en est pas vraiment un ... ou à tout le moins que ce problème est près d'être enrayé.

L'Institut canadien d'information sur la santé, dans un communiqué de presse publié hier, nous informe que, de 2004 à 2008, le nombre de médecins généralistes et spécialistes au Canada a augmenté de 8% alors que la population canadienne n'a augmenté que de 4,3%. L'Institut nous précise aussi que le nombre d'inscriptions dans les facultés de médecine augmente. La conclusion qui est laissée aux lecteurs est évidente: pas de panique! Vous n'arrivez pas à trouver un médecin de famille? Aucun médecin ne veut faire votre suivi de grossesse? Ça va aller mieux dans quelques années.

Il est intéressant de nous rapporter que le nombre de médecins augmente plus rapidement que la population, il aurait été encore plus intéressant de comparer le nombre de médecins ici et ailleurs. Car tous ceux qui ont besoin d'un médecin "sentent" qu'il y a un problème, qu'il n'y en a pas assez. Leur nombre augmente, c'est très bien ... mais combien de médecins en plus nous faut-il? Au Québec, nous aurions près de 22 médecins par 10 000 habitants. Il suffit de consulter la base de données de données de l'OMS pour comprendre que notre densité de médecins (généralistes et spécialistes) est très moyenne!

Sur 193 pays pour lesquels l'OMS possède des données, 58 pays ont une densité de médecins supérieure à celle du Québec. Tous les pays que l'OMS associe à la zone Europe, à l'exception des plus pauvres (Montenegro, Pologne, Serbie, Tadjikistan, Roumanie, Turquie, Bosnie-Herzegovine, Albanie), réussissent à offrir à leurs citoyens un nombre de médecins nettement supérieur à ce qui est disponible au Québec. Si on excepte Saint-Marin (474 médecins par 10 000 habitants, soit 21 fois plus qu'au Québec!), la moyenne européenne est près de deux fois supérieure à celle du Québec (40 médecins par 10 000 habitants).

Par ailleurs, il est hallucinant de constater que des pays comme la Mongolie, l'Égypte, le Liban, la Jordanie et l'Argentine mettent plus de médecins à disposition de leurs citoyens. Quant à notre voisin du Sud, il n'y aurait que 26 médecins par 10 000 habitants. Mais comme une très grande partie de la population est de facto exclue du système de santé, le nombre de médecins par 10 000 habitants qui sont effectivement en mesure de pouvoir y avoir accès devrait sans doute être augmenté d'au moins 30%.

Présentée sans ces données comparatives, cette dépêche de la Presse canadienne tient plus de la propagande que du véritable journalisme. La Presse canadienne rapporte le communiqué de presse, fidèlement, sans se poser de question, probablement sans même prendre connaissance de l'étude de l'ICIS à laquelle fait référence le communiqué de presse. Le Devoir, quant à lui, publie la dépêche, sans aucun travail critique, probablement même sans aller consulter le communiqué de presse!

Si un minimum de travail journalistique avait été fait par le Presse canadienne et Le Devoir, ils auraient peut-être décidé de mettre en parallèle l'augmentation du nombre de médecin avec l'augmentation de leur rémunération. En 2007-2008, le salaire moyen des médecins au Canada a été de 266 000$, une hausse de 4,6% par rapport à l'année précédente ... alors que l'indice des prix à la consommation pour cette période n'a augmenté que de 2% et que les frais de santé au Canada ont augmenté, eux, de 8%!

Conclusion: il y a un peu plus de médecins (bravo!), mais on est toujours très loin d'en avoir assez pour combler dignement les besoins, et ces messieurs-dames de la Faculté nous coûte de plus en plus cher!!!

mardi 24 novembre 2009

On veut connaître votre opinion ...

Le téléphone sonne ... 20h ... un sondage!

Voulez-vous répondre à nos questions sur la qualité du service de la STM? Oui, que je veux! Dire tout le mal que je pense de la gestion "en flux tendus" (comme apprennent ceux qui font un MBA) qui fait que les autobus et les métros sont toujours bondés, quelle que soit l'heure de la journée! Dire tout le mal que je pense de la propreté! Dire surtout tout le mal que je pense de la façon de conduire des conducteurs d'autobus, véritables dangers publics: démarrage l'accélarateur au plancher, arrivée à l'arrêt en freinant des deux pieds. Dire tout le mal que je pense des usagers incapables de se lever pour une vieille dame ou une femme enceinte. Dire tout le mal que je pense des autobus où il est impossible de rentrer avec une poussette. Dire tout le mal que je pense des tarifs exhorbitants.

Oui, je veux répondre à votre sondage! Certes, il est tard, il faut coucher le plus vieux, lire une histoire ou chanter une chanson ... mais ça attendra un peu: j'ai l'occasion de faire entendre ma voix! Et quelqu'un va écrire minutieusement tout ce que je vais dire et quelqu'un d'autre va analyser mes réponses et mes commentaires se retrouveront quelque part peut-être au coeur d'un sommaire exécutif, ...

Mais avant de répondre, il faut se qualifier! Première question: combien de fois par mois prenez-vous les transports en commun? À peu près deux fois. J'exagère un peu! Je ne veux pas vraiment mentir, mais je veux quand même me qualifier! Or je me doute bien que si je réponds que je ne les utilise pas, je ne me qualifierai pas. Mais j'ai des scrupules à dire que je les prends tous les jours alors que ce n'est pas le cas. Deux fois devrait faire l'affaire.

Eh bien, non! La STM ne veut pas de l'opinion de ceux qui n'utilisent pas ses services! La STM ne veut pas savoir pourquoi je n'utilise pas ses services! La STM ne veut que l'opinion de ceux qui utilisent ses services, soit parce qu'ils en sont raivs, soit parce qu'ils n'ont pas le choix. La STM ne veut pas savoir ce qu'elle devrait faire pour que je devienne son client. D'ailleurs, je ne demande qu'à devenir client ... je veux aller au travail en métros! En plus, c'est àè deux pas de chez moi et à deux pas du travail.

Mais ma voiture me coûte moins cher que le métro! Et elle est plus propre! Et elle est là quand j'en ai besoin! Et il n'y a pas d'incident technique qui m'oblige à marcher! Et le conducteur est aimable! Et il conduit prudemment ... au moins, je n'ai pas l'impression de me faire arracher l'épaule à chaque démarrage et à chaque arrêt!

mardi 17 novembre 2009

La révolution attend … encore!

En cette période de l’année, nous commémorons la naissance d’un héros révolutionnaire dont la pensée et les actes nous influencent tous, qu’on s’en déclare adepte ou non. Che Guevara? Marx? Lénine? Celui auquel je fais allusion a non seulement révolutionné la société dans laquelle il vivait, mais son influence s’est répandue sur les cinq continents et la philosophie dont il s’est fait porteur imprègne encore notre tissu social deux mille ans après qu’il soit mort. Qu’on soit croyant ou non, notre monde, nos traditions, nos coutumes puisent à la source judéo-chrétienne dont il s’est à la fois affranchi tout en la recréant.

Depuis l’invention de l’écriture, il y a 5300 ans, combien d’hommes et de femmes ont eu le courage, l’audace, voire l’opportunité de radicalement changer notre façon de voir le monde. Passer de « œil pour œil, dent pour dent » à « tends la joue gauche »! Passer de la génération spontanée à la pasteurisation et à la vaccination! Passer de la prière aux antibiotiques! Passer de la lieue, distance qu’un homme pouvait marcher en une heure, aux années-lumière!

Étymologiquement, la révolution est le retour au point de départ. Mais par un de ces détours linguistiques savoureux, un révolutionnaire est justement celui qui nous invite à cesser de tourner en rond pour faire un bond de côté. Mais où sont passés aujourd’hui ces hommes et ces femmes capables de nous faire sortir de notre zone de confort? Est-ce qu’il y a encore place, dans notre société, pour des révolutions? Qu’elles soient marxiste-léniniste, sexuelle ou pédagogique, les révolutions n’ont plus la cote … mais nous reste-t-il au moins le goût du débat? le vrai débat d’idées où, dans le respect de l’adversaire, on ose affirmer, argumenter, soutenir ses différences d’opinions, de choix, de valeurs?

Alors que nous nous apprêtons à compléter la première décennie du troisième millénaire, je me demande si nos sociétés ne sont pas devenues imperméables au changement. Ou si, justement, à force de « gérer » le changement nous n’en sommes pas venus à le lisser, comme pour nous le rendre plus lénifiant. Est-ce que nos sociétés sont encore capables de créer des changements de fond ou nous sommes-nous limités à la forme? Est-ce que, par notre recherche du consensus à tout prix, nécessairement indolent, nous nous interdisons d’aborder les questions essentielles?

Que se passe-t-il lorsque des questions vitales font l’objet d’un débat nourri auquel participent véritablement, sans barrières, tous ceux qui y ont un intérêt? Un débat qu’on n’aurait pas pu empêcher, qu’on aurait pas pu tuer dans l’œuf … un débat qu’il faut encadrer! Qu’on pense par exemple à la question des accommodements raisonnables. Un débat riche et passionnant avait cours et au lieu de participer, d’écouter, d’apprendre … on qualifie le tout de psychodrame. Deux hommes intelligents proposent une synthèse honnête de ces débats, formulent des recommandations, … qu’on s’empresse d’oublier, de mettre de côté, … Je mentionne cet exemple, mais il y en aurait tant d’autres!

Après chaque élection, on trouve un rabat-joie pour nous rappeler que voter, ça coûte cher! Et en même temps, j’entends qu’on voudrait des élections plus intéressantes, des candidats plus divers, des positions plus tranchées … Mais en même temps, on ne veut pas de chicanes … Comme si on confondait débat et conflit et que cette confusion nous avait amené à ériger des mécanismes d’absorption des chocs. Sous couvert de respect de l’autre, est-ce que nous n’en sommes pas venus à vivre une société où tout se vaut … et où rien n’a plus de valeur?

Ce consensus mou dans lequel nous baignons rend toute révolution précisément impossible, puisque celle-ci a besoin de résistance. Un révolutionnaire lutte pour prendre sa place et lutte nécessairement contre. Mais dans notre société, quel espace un révolutionnaire peut-il créer, lui qu’on ne manquerait pas d’inviter à Tout le monde en parle?