jeudi 19 février 2009

Chantons tous son avènement!

Publié dans le Journal du Barreau, mars 2009

Je ne pense pas ici au chant de la liturgie de Noël, mais plutôt aux clameurs qui ont accompagné l’élection et surtout l’investiture du président Barack Obama. Je pense aux espoirs que ses quelques 66 millions d’électeurs ont mis en lui, aux attentes qu’il suscite auprès de plus de 300 millions d’Américains de même qu’auprès d’une multitude d’hommes et de femmes parmi les près de 7 milliards d’habitants de notre planète.

Quel poids sur les épaules de cet homme! Et combien de pressions qui arrivent de toutes parts. Au lendemain de l’investiture, on pouvait lire déjà des ultimatums « ordonnant » au président Obama de fermer Guantanamo, d’interdire certaines pratiques minières, de s’engager pour les droits humains, bref de sauver le monde en cent jours. À peine achevé le discours appelant la nation à travailler ensemble pour relever les défis actuels, tous ont paru figés dans l’attente que le Sauveur fasse des miracles.

Ces attitudes attentistes m’inquiètent et je ne peux m’empêcher de m’interroger sur la capacité d’un seul homme, fut-il un élu, dusse-t-il être le président des États-Unis, à générer de véritables changements. Quelle peut être l’influence d’un seul homme face au poids d’une administration pléthorique, pérenne et extrêmement décentralisée, forte de plus de 1,8 million d’hommes et de femmes? Bien sûr, cette question est la même pour tous les élus, mais nous conviendrons qu’elle se pose en des termes encore plus frappants au président des États-Unis. Les cyniques prétendraient que le conseiller municipal d’un village a plus le pouvoir de changer les choses que le président d’une puissance mondiale. Mais comme le disait M. Obama le jour de son investiture : « What the cynics fail to understand is that the ground has shifted beneath them »

Il est vrai que nos démocraties circonscrivent fortement le pouvoir des élus, pour ne leur en donner bien souvent que l’illusion. Je pense par exemple à ce jeune député originaire d’Alma qui, ses 24 ans bouillant de colère et de frustration, avait quitté la Chambre des communes avec son fauteuil.






La discipline de parti, de même que les règles et conventions parlementaires sont souvent perçus comme des limites au pouvoir des députés, surtout ceux d’arrière-ban. Mais les accords internationaux leur imposent infiniment plus de contraintes.

Il est délicat aujourd’hui d’imposer des normes en matière d’étiquetage des produits ou de taille des tuyaux de plomberie, sous peine d’être accusé d’ériger des entraves au commerce. Difficile de subventionner une industrie qui a des projets de recherche et développement innovateurs. Impossible pour un gouvernement de favoriser une entreprise locale lorsqu’il s’agit de grands chantiers. Cette situation devient encore plus troublante lorsque les accords sont négociés par des armées de fonctionnaires sur de très longues périodes de temps. Les élus n’ont pas la capacité de suivre les détails de ces négociations et se retrouvent devant des faits accomplis qui, dans la réalité, constituent des entraves à la démocratie.

Les élus auront toujours la possibilité de poser un pansement sur une plaie. Mais en fait, ce n’est pas lorsqu’ils agissent que les élus exercent au mieux leur pouvoir de générer du changement. Le changement, ils le provoquent par leur capacité à inspirer ceux qui les entourent. Paradoxalement, le véritable acteur de changement est celui qui donne aux autres le goût de travailler au changement, celui qui leur communique l’envie de s’investir. Et c’est en cela que réside le principal défi du président Obama … et aussi sa principale force.

Je me permettrais bien humblement de lui rappeler cette citation de l'académicien d’Oxford Benjamin Jowett: « The way to get things done is not to mind who gets the credit for doing them. »

Partenariats public-privé: au public les dettes, au privé les profits

Récemment, les commentateurs se sont émus que trois Montréalais se fassent tuer par des camions à neige. Certains ont même fait le lien avec le fait que lors de ces trois incidents les opérateurs des camions étaient des entreprises privées et non les employés de la Ville. La nature des contrats signés par la Ville avec ces opérateurs, payés au nombre de chargements, a aussi été pointée du doigt comme un facteur incitant les conducteurs à aller plus vite, conduire de plus longues heures, être plus précipité, plus téméraire.

Dans le domaine de l'enlèvement des ordures, je constate aussi une nette différence entre la qualité du travail fait par les employés de la Ville et ce que font les employés d'une entreprise privée chargée de ramasser les matières recyclables. Après le passage des recycleurs, la Ville a l'air d'un taudis, d'un bidonville: les papiers, les contenants, les sacs jonchent les trottoirs; les bacs de recyclage sont jetés n'importe où, n'importe comment. Les employés de la Ville quant à eux font un travail admirable.

Est-ce à dire qu'il faut rapatrier tout le travail aux employés de la Ville? Je ne le crois pas. Je crois par contre que la Ville n'investit pas assez de ressources pour superviser l'exécution des contrats qu'elle confie au privé. J'imagine que ces contrats contiennent des clauses punitives en cas de mauvaise exécution. Lorsque les recycleurs décident de ne pas prendre les boîtes de carton et les laissent pour les éboueurs, ils commettent sans doute une violation de leur contrat. Mais comme il ne leur en sera jamais tenu rigueur, il n'y a pas de raison de croire qu'ils vont modifier leur comportement.

Il en va de même des opérateurs privés affectés à l'enlèvement de la neige: si personne ne supervise leur travail, si aucune sanction ne leur est décernée en cas de mauvaise exécution de leurs obligations, si personne n'assume les responsabilités prévues au contrat, on en arrive avec trois morts renversés par un camion de neige!!! Ridicule!!!